
Prévention des blessures chez le sportif : la place de l'ostéopathie

Charlotte Chauvey-Weiss
Ostéopathe · Levallois-Perret
Une gêne qui revient, un muscle qui tire, une saison qui s'arrête
Une tension à l'arrière de la cuisse, une cheville qui se tord une fois de trop, un dos qui se bloque à la reprise. Beaucoup de sportifs, amateurs ou confirmés, finissent par s'habituer à ces signaux et continuent de s'entraîner. Pourtant, on peut s'occuper de ses blessures avant qu'elles s'installent. C'est ce qu'on appelle la prévention.
Une blessure a rarement une seule cause. Le rythme d'entraînement, la récupération, le sommeil, les blessures passées, le matériel, le geste et le stress y jouent tous un rôle. Seul un professionnel de santé peut chercher l'origine d'une douleur, et je ne pose jamais de diagnostic.
Quand il faut d'abord voir un médecin
Il est recommandé de consulter un médecin, de préférence un médecin du sport, si vous remarquez l'un de ces signes : une douleur qui continue au repos ou qui réveille la nuit, un gonflement ou un gros hématome après un choc, une articulation qui « lâche », une perte de force, des fourmillements ou une douleur qui augmente de séance en séance. Après un coup à la tête, un avis médical est indispensable, même si les symptômes paraissent légers.
Une douleur brutale et intense, une déformation visible ou l'impossibilité de s'appuyer sur un membre demandent une prise en charge rapide. Dans ce cas, appelez le 15 ou le 112, ou rendez-vous aux urgences.
Ce que montrent les études sur la prévention
Ce qui est le mieux démontré aujourd'hui, c'est l'intérêt de l'exercice. En 2014, des chercheurs ont rassemblé 25 études, soit plus de 26 000 sportifs. Leur conclusion est claire, les programmes d'exercices réduisent le risque de blessure. Le renforcement musculaire est le plus efficace, puisqu'il divise le risque par plus de 3 et il diminue presque de moitié les blessures liées à la répétition des efforts. Les exercices d'équilibre aident aussi. Les étirements seuls, en revanche, n'ont pas montré d'effet net [1].
Pour une blessure très fréquente, celle de l'arrière de la cuisse, une analyse portant sur près de 8 500 athlètes a montré qu'un exercice de renforcement précis, le « Nordic », divise le nombre de blessures par deux [2]. Chez des jeunes footballeuses, un échauffement structuré suivi toute une saison a lui aussi réduit le nombre de blessures par rapport à l'échauffement habituel [3].
L'entraînement compte aussi beaucoup. Les experts du Comité international olympique expliquent que le danger vient surtout des augmentations trop rapides de charge, d'un calendrier trop chargé, du stress et des déplacements [4]. Mais s'entraîner peu n'est pas la solution, un sportif qui monte en charge progressivement se blesse souvent moins que celui qui s'entraîne peu, puis force d'un coup [5]. Ce n'est pas l'entraînement qui fait courir un risque, c'est un entraînement mal dosé.
Pourquoi un sportif a intérêt à consulter avant de se blesser
La plupart des sportifs consultent quand la douleur les arrête. Entre le moment où le corps envoie les premiers signaux et celui où la blessure s'installe, il se passe souvent plusieurs semaines. Une raideur au réveil, une jambe qui répond moins bien d'un côté, un geste devenu moins fluide, une fatigue qui ne passe pas. Rien d'assez grave pour voir un médecin, mais assez présent pour que vous adaptiez votre façon de bouger sans vous en rendre compte. Et c'est souvent ainsi que d'autres zones se retrouvent sollicitées à leur tour.
Les blessures passées pèsent aussi dans la balance. Les experts rappellent que les antécédents font partie des facteurs qui augmentent le risque de se blesser à nouveau [4]. Pourtant, une fois la douleur disparue, personne ne vérifie comment le corps s'est réorganisé. On reprend, on espère, et on attend.
Ce que l'ostéopathe vous apporte
Je ne peux pas vous promettre qu'une séance évitera une blessure, et personne ne le peut honnêtement. Ce que je vous propose, c'est un temps que vous avez rarement ailleurs : un bilan complet de votre corps en mouvement, pensé pour votre sport.
Je prends d'abord le temps de comprendre votre pratique : votre rythme, vos objectifs, votre calendrier, vos blessures passées, votre sommeil, vos périodes de surcharge. Puis j'observe comment vous bougez. Je teste la mobilité de vos hanches, de votre bassin, de votre dos et de vos épaules, je repère les zones qui travaillent trop et celles qui ne participent pas assez, et je regarde si votre droite et votre gauche se comportent de la même façon.
Cette lecture a trois utilités. Elle vous permet de comprendre ce que votre corps vous dit avant qu'il ne le crie. Elle me permet d'adapter mes gestes pour relâcher les tensions et vous aider à retrouver du confort dans votre pratique. Et elle m'aide à repérer ce qui sort de mon domaine : si quelque chose demande un avis médical, un bilan d'imagerie, un travail de renforcement avec un kinésithérapeute ou un ajustement de votre préparation, je vous l'explique et je vous oriente.
Un complément à votre préparation, pas un remplacement
Ce qui est le mieux démontré en prévention, c'est le renforcement musculaire, les exercices d'équilibre et une montée en charge progressive [1][5]. L'ostéopathie ne remplace rien de tout cela. Elle s'ajoute à votre préparation, au même titre que le suivi de votre entraîneur ou de votre kinésithérapeute, avec une particularité, elle vous donne un regard extérieur et attentif sur votre corps, à un moment où vous pouvez encore agir.
Les études sur l'effet de l'ostéopathie dans la prévention des blessures sportives restent peu nombreuses et je préfère vous le dire plutôt que de promettre à votre place. Ce que certains sportifs me disent apprécier, c'est de repartir avec une meilleure connaissance de leur corps, plus de confort, et des conseils simples à appliquer.
Quand venir ?
Vous n'avez pas besoin d'attendre d'avoir mal. Il est utile de consulter au début d'une saison, après une blessure une fois l'avis médical donné, avant une période de charge importante, quand une gêne revient régulièrement ou simplement quand vous sentez que votre corps ne répond plus comme avant.
Références :
- Lauersen JB, Bertelsen DM, Andersen LB. The effectiveness of exercise interventions to prevent sports injuries: a systematic review and meta-analysis of randomised controlled trials. Br J Sports Med. 2014;48(11):871-877. doi:10.1136/bjsports-2013-092538
- van Dyk N, Behan FP, Whiteley R. Including the Nordic hamstring exercise in injury prevention programmes halves the rate of hamstring injuries: a systematic review and meta-analysis of 8459 athletes. Br J Sports Med. 2019;53(21):1362-1370. doi:10.1136/bjsports-2018-100045
- Soligard T, Myklebust G, Steffen K, et al. Comprehensive warm-up programme to prevent injuries in young female footballers: cluster randomised controlled trial. BMJ. 2008;337:a2469.
- Soligard T, Schwellnus M, Alonso JM, et al. How much is too much? (Part 1) International Olympic Committee consensus statement on load in sport and risk of injury. Br J Sports Med. 2016;50(17):1030-1041. doi:10.1136/bjsports-2016-096581
- Gabbett TJ. The training-injury prevention paradox: should athletes be training smarter and harder? Br J Sports Med. 2016;50(5):273-280.
- Licciardone JC, Brimhall AK, King LN. Osteopathic manipulative treatment for low back pain: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. BMC Musculoskelet Disord. 2005;6:43.
